Types du Theatre Chinois

La prolifération de l'air Yiyang et de Bangzi

Kunqu était favori par des lettrés, des nobles et les hommes d'affaires de la classe moyenne et supérieure, mais dans les zones rurales qui avaient le développement économique relativement faible et les niveaux de l'éducation inférieurs, sa diction richement ornée et ses sens profonds ne pouvaient pas réellement susciter le ressentiment du peuple ordinaire. Les productions exquises de Kunqu ne répondaient pas au goût artistique des acteurs d'opéra folkloriques.

De la dynastie des Yuan à la dynastie des Ming, le développement des opéras populaires est entré dans une nouvelle phase et les spectacles ont couvert tout le pays. L'émergence des représentations d'opéra rural a créé une occasion pour le développement de l'opéra chinois de s'épanouir de manières colorées, et un modèle diversifié de l'opéra chinois s'est enfin établi.

Avant la prospérité de l'air Kunshan, des musiques locales, telles que l'air Haiyan, l'air Yuyao et l'air Yiyang étaient apparues aux provinces de Jiangsu et de Zhejiang au Sud de la Chine. Ils appartenaient au système différent du celui du Nord en matière de ton, de style rythmique et même d'instruments musicaux d'accompagnement. Quand les chanteurs du Sud les employaient dans les représentations d'opéra, une nouvelle ère multicolore de la musique d'opéra chinoise s'est ouverte officiellement. Bien que l'émergence ultérieure de l'air Kunshan ait couvert leur brillance par son style sophistiqué et élégant, ils n'étaient pas complètement remplacés. En particulier, l'air Yiyang demeurait populaire dans le Sud, et s'étendait dans des régions éloignées avec Kunqu.

Les différents airs locaux dans le Sud ont remplacé le Zaju du Nord et sont devenus la forme la plus influente de l'opéra depuis le milieu de la dynastie des Ming. Ce processus avait pour les rôles principaux Kunqu et l'air Yiyang. Pendant les dynasties des Ming et des Qing, Kunqu et l'air Yiyang étaient considérés ensemble comme la musique officielle et élégante, de la Cour au public, ce qui durait jusqu'à la dynastie des Qing. En revanche, des airs folkloriques ont été considérés comme à peine présentables ou acceptables. En fait, aux yeux des lettrés, le sort de l'air Yiyang est différent de l'air Kunshan. Après une normalisation stricte par Wei Liangfu sur les rythmes et les mélodies en s'inspirant des airs du Sud ainsi que du Nord, l'air Kunshan avait des règles qui permettaient aux lettrés de composer rigoureusement des scripts. En outre, les règles ont été utilisées aussi pour apprendre aux artistes à jouer les pièces. La propagation des pièces de Chuanqi et de Kunqu a créé un public de plus en plus enthousiaste et bien élevé, et l'appréciation des lettrés a donné à l'air Kunshan un statut de plus en plus haut. L'air Yiyang aurait dû avoir la même position que l'air Kunshan, mais faute de grand maître tel que Wei Liangfu, qui pourrait normaliser des règles rythmiques, ses caractéristiques musicales sont faciles à être modulées pendant sa diffusion.

Compétition entre Huabu et Yabu

Plusieurs airs locaux prospéraient pendant la dynastie des Qing, et se disputaient avec la culture dominante qui appréciait seulement Kunqu. A cette époque, des marchands de Huizhou se rassemblaient à Yangzhou, port très important commercial à proximité de Suzhou, de plus, l'empereur Qianlong (1763-1795 sur le trône) y a fait des tours, ce qui a stimulé la prospérité des représentations d'opéra. Il en résultait une sorte de concurrence locale entre Huabu et Yabu, deux offices organisés par le département local. Yabu mettait en scène Kunqu, Huabu jouait l'opéra de Qin, l'air Yiyang, Bangzi, l'air Luoluo et l'air Erhuang, ce qui montrait la co-existence des divers airs dans les opéras chinois.

Durant la dynastie des Qing, les airs locaux dénommés Huabu émergeaient rapidement, dont beaucoup sont devenus les grands types d'opéras parmi les représentations locales. Huabu, est également nommé Luantan, un de ses styles les plus importants et influents est l'opéra de Pékin.

En 55e an de Qianlong (1790), pour fêter l'anniversaire de l'empereur, le gouvernement impérial a recruté des troupes locales pour venir jouer à la Capitale. La troupe d'opéra de Huizhou, recommandée par le fonctionnaire de Yangzhou, était la plus populaire. Quatre grandes troupes d'opéra de Huizhou se sont formées à Pékin. Elles jouaient de divers genres d'opéras, y compris Kunqu, Bangzi, et l'air Erhuang. Leurs représentations diverses et de haute qualité ont progressivement gagné la faveur du public à Pékin et les activités théâtrales dans la capitale impériale devenaient de plus en plus actives. En même temps, des artistes jouaient l'opéra de Hanju (populaire le long de la rivière Yangtze et dans les régions de la rivière Hanshui au sein de Hubei) à Pékin. Les pièces d'opéra de Hanju et celles de Huizhou se complétaient mutuellement, ce qui a donné naissance à l'opéra de Pékin, qui a rapidement devenu l'un des types les plus populaires. L'opéra de Pékin est intrinsèquement conforme à la culture de Pékin en matière de thèmes, de style de chant et de système caractéristique de représentations. Il est apparu à Pékin en tant que résultat d'un mélange de nombreux types d'opéras.

Le grandissement et le développement de l'opéra de Pékin ont été étroitement liées à des spectacles d'opéra impériaux. La Cour de la dynastie des Qing a fondé des organisations spéciales où les spécialistes folkloriques étaient employés pour apprendre aux eunuques à jouer Kunqu et l'air Yiyang pour les empereurs. Après le milieu de la dynastie des Qing, les empereurs et les impératrices qui aimaient l'opéra invitaient de plus en plus d'artistes à jouer dans le palais impérial, afin de satisfaire leurs besoins d'appréciation d'opéra. A partir du règne de l'empereur Guangxu (1875-1908 sur le trône), un grand nombre de troupes a été invité à jouer dans le palais et les moments où on recrutait des artistes célèbres ne se limitaient plus aux fêtes d'anniversaire et aux grandes cérémonies. Les représentations d'opéra avaient pour base Luantan.

Aux artistes remarquables hors du palais, l'impératrice douairière Cixi et Ci'an, l'empereur Guangxu (1875-1908 sur le trône) donnaient de grandes sommes de récompenses après des spectacles. La fonction essentielle des formateurs, à l'origine employés pour apprendre aux eunuques, s'est transformée progressivement, ils étaient demandés de jouer des pièces.

La faveur du peuple pour l'opéra de Pékin a été un facteur encore plus important pour son développement. Pendant la dynastie des Qing, les maisons de thé, endroits commerciaux pour les représentations de l'opéra de Pékin, sont apparues rapidement à la Capitale. Comme la demande augmentait, de nombreuses troupes se formaient. Elles étaient souvent dirigées par un acteur bien connu, et recrutaient d'autres rôles de soutien. Des artistes très célèbres comme Cheng Changgeng (1811-1880), Yu Sansheng (1802-1866), et Zhang Erkui (1814-1860) avaient joué dans des troupes en tant que rôles principaux.

L'opéra de Pékin hérite les pièces riches et diversifiées des autres opéras. L'opéra chinois dérive des contes historiques des Tang et des Song, et dès lors il est étroitement lié avec des histoires folkloriques récitées avec l'accompagnement d'instruments à cordes. L'histoire romancée des Trois Royaumes (San Guo Yan Yi), Au bord de l'eau (Shui Hu Zhuan), Roman de l'investiture des Dieux (Feng Shen Bang), la Biographie de dragon volant (Fei Long Zhuan), et Les annales des royaumes (Lie Guo ji) ont tous été adaptés par un grand nombre de pièces d'opéra. Cette Histoire composée par des récits folkloriques populaires offre de nombreux éléments qui pourraient être transformés directement en images sur la scène et qui constituent effectivement le thème central de l'opéra chinois. Significativement différent de Kunqu qui se concentre sur des anecdotes des lettrés et des histoires d'amour, l'opéra de Pékin embrasse des thèmes plus variants, tels que le sentiment d'identité nationale, des affaires juridiques, les contes fantasques et les histoires d'amour, en particulier, les légendes héroïques découlant des contes populaires sont favorites. C'est vrai que l'opéra de Pékin a hérité de nombreuses pièces importantes de Kunqu, mais son origine réside plutôt dans Bangzi et dans d'autres styles qui conforment plus aux gens communs, et peuvent mieux divertir le public dans les salles; ce qui rend l'opéra de Pékin très différent de Kunqu dans son style d'interprétation. L'opéra de Pékin et Bangzi se concouraient, imprégnés dans une atmosphère commerciale de la capitale, ce qui a promu davantage la prospérité du premier et son niveau de représentation.

Le régime spécial de représentation de l'opéra de Pékin a joué aussi un rôle positif dans son perfectionnement et son amélioration du niveau de représentation. Se fondant sur le système Zhezi Xi, qui permet de jouer seulement une partie de la pièce, l'opéra de Pékin est très différent des autres systèmes d'interprétation des pièces. Pendant la première étape de maturité de l'opéra chinois, Xiwen des Song et des Yuan, et Zaju des Yuan ont formé un système complet de la mise en scène de l'opéra. Une pièce durait normalement de trois à six heures et toute la pièce avait une intégrité inhérente. Il en va autrement de l'opéra de Pékin, qui a hérité du système d'interprétation de Kunqu et joue principalement les Zhezi Xi dès le début de sa formation. Qu'il soit joué dans le palais ou à l'extérieur, dans l'après-midi ou au soir, une salle de l'opéra met en scène cinq ou six jusqu'à dix parties de différentes pièces au lieu de jouer une seule pièce entière.

L'opéra de Pékin doit aussi son développement rapide à des artistes célèbres tels que Cheng Changgeng, Tan Xinpei (1847-1917).

Tan Xinpei est l'un des plus grands artistes dans l'histoire de l'opéra de Pékin. Dans de nombreuses pièces classiques de l'opéra de Pékin, il a interprété parfaitement de nombreux héros désespérés et tragiques par sa voix unique pleine de désolation. Sa pièce la plus célèbre, La bataille de Dingjunshan (Ding ]un Shan), ainsi que d'autres pièces telles que La vente de son cheval par Qin Qiong (Qin Qiong Mai Ma), Histoire de bol noir (Wu Ji Pen), Un enfant laissé dans le jardin des mûres (Sang Yuan Ji Zi), et le Quatrième fils qui visite sa mère de famille Yang (Si Lang Tan Mu) ont soulevé l'enthousiasme du public, car ces pièces montrent à la fois des situations désastreuses des héros et leur grand esprit malgré la difficulté. Il a employé une voix compatissante avec des sentiments spéciaux pour interpréter ces figures tragiques rarement apparues dans l'histoire de l'opéra. Ce qu'il savait le mieux jouer, ce ne sont pas les moments glorieux de ces héros, mais leurs expériences les plus sombres de leur vie. Le plus représentatif est Qin Qiong, héros doté de grand talent, mais qui a été réduit de vendre son cheval de bataille favori. Maintes fois il répète la valeur de son cheval avec des émotions complexes et, enfin, en secouant la tête, il dit : « prenez-le, mais je ne sais pas où va-t-il s'installer ». Avec une voix douce mais impuissante, Tan a fait sentir la frustration de Qin Qiong. Sa représentation a contribué à l'opéra de Pékin, et constitue aussi l'un des aspects les plus caractéristiques de l'opéra chinois.

Au moment où Tan Xinpei a jouit d'une grande popularité, ses arias classiques et uniques ont été chantés par les amateurs un peu par tout, l'époque a obtenu ainsi son étiquette esthétique unique. L'interprétation de Tan Xinpei a montré l'essence de l'esthétique traditionnelle : plaints sans colère, tristesse sans douleur, avec un regret de la décadence et les vicissitudes de la nation. L'agonie d'un empire millénaire a été mieux révélée par la voix de Tan Xinpei que par d'autres choses.

La concurrence entre Huabu et Yabu avait pour conséquence l'émergence de l'opéra de Pékin qui a remplacé la position culturelle de Kunqu. En même temps, dans d'autres régions de la Chine, qu'elle soit Hubei, Sichuan, Jiangsu, Zhejiang et Fujian qui se trouvent le long du bassin de la rivière Yangtze, ou Shanxi, Henan et Shandong en Chine du Nord, la diffusion des airs aigus et de Luantan a donné naissance à un grand nombre de nouveaux styles d'opéra fondés sur des airs locaux. Les plus importants sont l'opéra de Shanxi, celui de Henan, celui de Hebei, Bangzi de Laizhou de Shandong, l'opéra cantonais, l'opéra de Fujian, l'opéra de Jiangxi, et l'opéra du Sichuan. L'émergence de nouveaux opéras lancera un nouvel essor dans le développement de l'opéra chinois.

Des saynètes aux pièces longues

De la dynastie des Han à la dynastie des Tang, des spectacles d'opéra se divisaient en deux catégories : ta-yao-niang et nong-can-jun. Les chants et danses folkloriques qui s'ensuivaient et qui étaient largement répandus dans les différentes régions peuvent être considérés comme une extension naturelle de ta-yao-niang. En raison des différences géographiques, ils étaient appelés l'opéra de fleur-tambour, l'opéra de fleur-lanterne, l'opéra de cueillette de thé, et Yangge, etc.. On faisait souvent des spectacles pendant des fêtes ou des activités foraines dont l'origine est associée à des croyances populaires. Mais, à mesure qu'elles se sont évoluées, leur fonction de divertir s'est accrue. Le contenu des chansons et des danses folkloriques concernait principalement de petites histoires intéressantes et affectives. Elles étaient représentées par des dialogues entre les rôles masculins et féminins, et complémentées par des chansonnettes localement spéciales. Après s'être répandus pendant de nombreuses années, bien qu'interdis par les fonctionnaires de l'état, ces chants et danses folkloriques restaient toujours populaires dans les zones rurales.

L'émergence de l'opéra de Chuju, de l'opéra de Yue, de l'opéra de Pingju et des autres opéras avait une signification particulière dans le processus du développement de l'opéra chinois. De manière générale, les prédécesseurs de ces opéras peuvent être divisés en deux catégories.

Une catégorie, comme l'opéra de fleur-tambour, l'opéra de fleur-lanterne, l'opéra de cueillette de thé, et Yangge, sont dérivés des chants et des danses folkloriques. Les méthodes à jouer sont simples, les acteurs chantent en dansant. Certaines pièces courtes ont des intrigues simples, qui concernent généralement l'amour réciproque, le flirt, et les rendez-vous d'amour entre hommes et femmes. Parfois il y a des satires sur la gourmandise, l'avarice et la paresse. Des chansons et danses simples aux représentations théâtrales de certaines petites histoires, les méthodes d'interprétation demandent progressivement à imiter les personnages divers, ce qui est la phase cruciale pour la transformation de chants et de danses en spectacle d'opéra. Ces petites pièces initialement formées se sont souvent inspirées des contes folkloriques locaux bien connus, et elles gardent donc beaucoup de caractéristiques locales. Elles constituent aussi la tradition originale narrative de nouveaux opéras divers.

Une autre catégorie a évolué de l'art du chant et du parler, par exemple, des opéras issus de Lianhualao, Tanhuang et Daoqing qui étaient très accueillis du Sud au Nord. Une différence évidente entre l'art du chant et du parler et l'art du chant et de la danse, c'est qu'à part des pièces courtes, elle a aussi une tradition de raconter de longues histoires en même temps. Depuis des discours populaires des Tang et des Song, ce genre de style a toujours prévalu, jusqu'à sa transition de temples à quartiers populaires en devenant ainsi un des spectacles populaires de divertissement. Originalement, il y a une différence évidente entre l'art du chant et du parler et des opéras : l'art du chant et du parler est narratif tandis que l'opéra est de style prosopopée. En plus, on représente avec ou sans costume est une autre distinction dessinant une ligne définie entre les deux. Cependant, tout comme des opéras au début des Song et des Yuan ont été étroitement liés au chant et parler, la Chine a une tradition de mettre en scène des spectacles issus de l'art du chant et du parler. Non seulement il est facile de transformer des textes en poésie et en prose de l'art du chant et du parler aux pièces d'opéra, mais la vivacité en scène l'art du chant et du parler ressemble aussi aux opéras traditionnels.

L'art du chant et du parler ainsi que l'art du chant et de la danse sont tous deux pleins de couleur populaire, parce qu'ils sont depuis longtemps baignés dans la société basse et sont forts d'interpréter des histoires amoureuses familiales et qu'ils ne traitent pas des sujets lourds tels que politique ou militaire. En plus, en raison des spectacles courts, ils sont connus comme de « petits opéras ». En quelques décennies, de diverses régions de la Chine ont vu l'émergence de l'opéra de Huangmei, l'opéra de fleur-tambour de Hunan, l'opéra de cueillette de thé de Jiangxi, l'opéra de fleur-lanterne de Yunnan, et l'opéra de Luju de Shandong, ainsi que de nouveaux opéras transformés de Yangge et de Daoqing dans le Nord de la Chine, qui, à des degrés divers, ont absorbé les avantages de ces « grands opéras » tels que Kunqu, L'air aigu et Luantan, et dont les pièces de théâtre, l'interprétation en scène de la musique et de la représentation se sont diversifiés. En même temps, ils continuent à maintenir les caractéristiques des paroles burlesques et des spectacles humoristiques tout en cristallisant la sagesse et l'imagination de la base et de « petits opéras » sont donc bien accueillis par le peuple. Après les années 1920, leur prospérité universelle dans le pays a été imparable.