Pi Pa Ji et Gaoming

L'histoire de Pipa (Pi Pa Ji), écrit par Gao Ming, montre les réalisations exceptionnelles de l'écrivain et réussit à élever le statut de Xiwen du Sud qui a désormais remplacé progressivement Zaju du Nord. Ce chef-d'oeuvre de Gao a aussi inauguré un nouvel ère pour l'opéra chinois.

Gao Ming est né au début du 14e siècle et mort dans les année 70 du 14e siècle. À l'âge de 40 ans, Gao a eu un petit poste dans le gouvernement régional, mais il a pris très vite sa retraite et s'est réfugié désormais dans un petit village, Li She, à l'est de la ville de Ning Bo. Il y passait son temps à écrire son chef d'oeuvre, L'histoire de Pipa (Pi Pa Ji, pipa, instrument musical chinois). On disait que « lui, pour écrire la pièce, a travaillé et dormi dans une petite résidence. Trois ans après, le plancher où il mettait ses pieds était tout usé ».

L'histoire de Pipa raconte les joies et les peines de l'amour entre la chaste Zhao et Cai Bojie. Dès la dynastie des Song, cette histoire a été adaptée à la pièce de l'opéra. Dans Xiwen des airs du Sud, La chaste Zhao et Cai Erlang, Cai Bojie quitte la maison pour chercher un poste officiel dans la capitale. Toutefois, après ses efforts couronnés de succès, il abandonne sa famille et sa femme. Finalement, il est mort foudroyé. Son sort représente les valeurs éthiques du peuple ordinaire. Les pièces de Xiwen du Sud de la dynastie des Song et des Yuan ont montré une tellement nette position sur le bien et le mal que le peuple les apprécie beaucoup. Cependant, elles n'ont pas fait entendre la voix des lettrés. Gao Ming, d'un point de vue des lettrés, a réécrit cette histoire. Il a gardé la sympathie que fait preuve de l'histoire originale envers la Chaste Zhao et a mis l'accent sur Cai Bojie pour exploré plus profondément sa psychologie intérieure, ce qui a enrichi donc la signification de l'histoire. Les versions précédentes de l'histoire étaient tous axés sur la vie tragique de Zhao Wuniang. Toutefois, dans la pièce de Gao Ming émerge un autre centre : « les trois désobéissances » de Cai Bojie.

Un changement important dans L'histoire de Pipa réside dans l'émergence de Cai Bojie comme un bon fils. Bien que le gouvernement voulait le recruter, il le refuse pour devoir prendre soins de ses vieux parents. Son père l'a réprimandé en lui disant qu'il lui fallait attacher la plus grande importance à sa carrière la valeur et « ne pas trop s'adonner à l'amour ni à la famille » . Ne voulant pas quitter la maison, Cai Bojie a dû dire adieu à ses parents et sa femme et partit pour la capitale pour se présenter à l'examen impérial. Il remporte la première place. Mais des difficultés lui arrivent très vite. L'empereur va présider la cérémonie de mariage de la fille d'un haut fonctionnaire noble de la cour, maître Niu, et ordonne à Cai Bojie de l'épouser. Cai Bojie a beau résister à ce mariage brusque, et finalement il est obligé de voir l'empereur et de lui demander sa démission : il ne peut faire d'autres que de rentrer chez lui pour prendre soins de ses vieux parents. Cependant, le maître Niu a une grande influence sur la décision de l'empereur. Négligeant le fait que Cai Bojie a une femme et les parents très âgés, il refuse sa démission et n'approuve pas son refus de mariage, ce qui entraîne le sort misérable du couple Cai et la chaste Zhao.

Refusant l'examen, le mariage et le fonctionnaire constituent trois désobéissances de Cai Bojie, un homme sans pitié est ainsi transformé en un homme impuissant dans la version de Gao. Bien que Cai remporte le premier dans l'examen impérial, il a hâte de rentrer à la maison. Arrêté à la résidence de Niu, il pense jour et nuit à ses parents et sa femme et est devenu mélancolique. Il chant : « Les anciennes cordes (de Pipa) sont cassées, mais je ne suis pas habitué aux cordes nouvelle. Il est impossible de monter les vieilles, avant de jeter les cordes nouvelles. J'essaie de jouer du Pipa, de jouer encore une fois, mais je suis de nouveau perturbé par les désordres des modes. » Le déroulement dramatique de L'histoire de Pipa souligne constamment l'anxiété de Cai Bojie, et montre son caractère vertueux. Cette explication indirecte pour justifier le comportement de Cai qui abandonne ses parents et sa femme, s'appuie évidemment sur une superbe imagination littéraire.

Le personnage principal de cette histoire a été Zhao Wuniang, mais Gao Ming fait aussi de Cai Bojie un rôle important dans une histoire triste et change donc l'idée simple de considérer ce couple comme les représentants du mal et du bien. D'un côté, L'histoire de Pipa de Gao Ming change le caractère d'un personnage jusqu'alors méchant, et de l'autre, la bonté émouvante de la chaste Zhao n'est pas du tout affectée par l'évolution de l'image de Cai Bojie. Dans la nouvelle version, Zhao est décrite plus touchante que les personnages pareils dans d'autres pièces précédentes. A partir du départ de Cai Bojie, L'histoire de Pipa commence à avancer dans deux lignes en décrivant alternativement Cai et Zhao qui se séparent dans deux lieux. D'une part, le dramaturge choisit la scène où Cai « admire le lotus » ou « goûte le clair de lune » pour exprimer son mal du pays et d'amour; d'autre part, il décrit la vie difficile de Zhao en racontant comment elle mange les glumes rudes du riz et comment elle se fait raser la tête pour être religieuse. Dans sa ville natale, Zhao mange elle même les glumes rudes et les restes de légumes tandis qu'elle nourrit ses beaux-parents du riz qui leur reste très peu. Dans cette scène Zhao chante deux passages de chansons l'éloge de la piété filiale, qui portent une double signification :

Je vomis si fort que j'ai très mal au ventre, mes larmes coulent sur les joues, et ma gorge était encore bourrée. Oh, des glumes! Vous avez été blanchie et tamisée, tout comme moi qui souffre des grandes difficultés. La malheureuse avale l'amertume, quand nous nous rencontrons, j'ai de la peine à vous avaler.

La glume et le riz, vous vous êtes étroitement réunis à l'origine. Qui vous a séparés l'une de l'autre? L'une est humble et l'autre noble, comme moi et mon mari qui n'avons aucune chance à se revoir. Mon mari, vous êtes le riz, le riz se trouve ailleurs que je ne peux le trouver nulle part. Moi, je suis comme la glume, comment pourrait-elle sauver les autres de la faim? Comme vous avez parti, comment pourrais-je servir les bonnes nourritures à mes beaux-parents?

Les beaux-parents de Zhao se sentaient tellement tristes qu'ils sont décédés l'un après l'autre. La chaste Zhao n'a d'autres choix que de se faire couper les cheveux et de les vendre dans la rue. Elle veut enterrer ses parents-beaux-parents par ce qu'elle gagne de ses cheveux. Gao Ming fait à Zhao manger la glume, ce qui nous rappelle naturellement la connotation de « la glume rude » qui représente la femme pauvre et humble dans la culture chinoise. On emploie aussi l'expression « les époux dont les cheveux se nouent » pour désigner le premier mariage officiel du couple, donc les cheveux sont un symbole chargé de connotations plus riches pour les femme du temps antique. Dans cette partie, le sens symbolique dépasse le sens réaliste et laisse donc aux spectateurs un arrière-goût infini. Après avoir vendu ses cheveux, Zhao a même enveloppé du sol par ses vêtement pour d'ériger la tombe et y enterrer ses beaux-parents. Elle se rend à la capitale avec un Pipa porté dans ses bras et reçoit l'aide de Mme Niu, la dame même du genre, et le couple se réunit finalement. Mme Niu finit par convaincre son père d'accepter Cai de démissionner et de revenir à sa ville natale. Cai va balayer la tombe de ses parents en compagnie de ses deux femmes. Cette longue histoire se termine en effet par un regret éternel.

La grandeur de L'histoire du Pipa, c'est que l'auteur n'a pas évité « les trois aspects ingrats » de Cai Bojie : incapable de servir ses parents de leur vivant, incapable d'enterrer ses parents après leur mort, et incapable de porter le deuil de ses parents après leur enterrement. Cependant, il essaie de faire au public avoir de la sympathie plutôt que la haine pour Cai Bojie. C'est comme ainsi qu'il a réussi à établir le fondement esthétique commun entre les lettrés et la masse populaire.

L'apparition de L'histoire de Pipa a changé la structure fondamentale et les valeurs éthiques du lettré ingrat qui était un thème fréquent dans les Xiwen au cours des dynasties des Song et des Yuan. Ce qui est aussi important, c'est que L'histoire de Pipa comprend 42 scènes, change complètement le modèle de quatre scènes de Zaju des Yuan, limité par un système musical. L'auteur pourrait utiliser des moyens plus dramatiques pour concevoir l'intrigue. Comme l'histoire touchante intègre en même temps le point de vue narratif de deux rôles, il a fait l'initiation de la double structure de Chuanqi au cours des dynasties des Ming et des Qing. Il a changé complètement le statut culturel des oeuvres de Xiwen. Zhu Yuanzhang, premier empereur (1368 - 1398 sur le trône) de la dynastie des Ming, l'estimait beaucoup, en disant : « les Quatre Livres et les Cinq Classiques sont des nécessités quotidiennes comme la nourriture et des vêtements que chaque famille possède; L'histoire de Pipa est comme un repas exquis, dont les familles riches et nobles ne peuvent pas se passer. »